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Regard par Luc STRENNA, philosophe

            Les quelques lignes qui suivent ne représentent qu’impressions et réflexions, glanées de ci de là,
            en regardant l’artiste travailler ; elles n’ont donc pas la prétention de proposer une quelconque
            œuvre critique, simplement de se situer à l’éclosion d’un talent…

            La  peinture  de  WAS  est,  avant  toute  chose,  musique,  non  pas    seulement    parce  qu’elle
            écoute  toujours  de  la  musique  en  travaillant  et  qu’elle  peint  en  phase  avec  le  morceau
            qu’elle écoute, je   dis  bien écoute   et   non pas entend   (la musique  n’est pas simple fond
            sonore mais participe de l’acte créateur), mais parce que sa peinture est elle-même musique.

            D’abord,  elle  se  constitue  en  un  rythme  ;  elle  n’est  pas  simplement  rythmée,  elle  est  à  elle-
            même  un  rythme.  Harmonie,  mélodie,  appoggiatures  parfois,  ne  viennent  qu’après.  Ce  n’est
            nullement un hasard si elle apprend le piano, tout à la fois en amont et en aval de son travail et
            comme en analogie avec lui : tisser des rythmes de la main. Et cette musique est spirituelle en
            ce sens qu’y affleure toujours quelque chose qui est de l’ordre de l’interrogation métaphysique.

            WAS  est  une  artiste  complète  dont  le  travail,  il  est  encore  un  peu  tôt  pour  dire  l’œuvre,
            mais  je  suis  convaincu  que  ce  moment  viendra  tôt  ou  tard,  dont  le  travail  donc  se
            situe  à  l’intersection  de  nombre  d’arts  :  peinture  bien  sûr,  musique,  nous  l’avons  vu,
            mais  également  danse,  gestuelle,  théâtre  et,  par  la  composition  et  le  mouvement  :
            cinéma.  Cela  n’a  rien  d’étonnant,  W A S   a  pratiqué  ou  pratique  encore  tous  ces  arts.

            Je ne l’ai guère vue à l’œuvre que dans son travail à plat, sous forme de coulures, retravaillées
            quelquefois au pinceau ; elle berce littéralement la feuille, en navigatrice, roulis puis tangage,
            tangage  puis  roulis,  avec  une  grande  douceur,  une  forme  de  tendre  sollicitude,  presque
            maternelle, et la feuille prend vie. Les couleurs s’écoulent alors l’une après l’autre sur le papier
            qui  les  boit  lentement,  s’organisant  en  une  sorte  de  réseau  hydrographique  rêvé,  fleuves
            bouillonnants,  amorces  de  rivières,  ruisseaux  et  ruisselets  interrompus,  parfois  chevelus
            des  têtes  de  bassins,  mais  sans  rien,  jamais,  de  pesant  ni  de  fabriqué,  d’hésitant  non  plus.

            Là encore, WAS n’obéit pas à un quelconque plan prédéfini mais se coule dans un rythme, illustrant,
            à sa manière propre, la devise de Picasso : « je ne cherche pas, je trouve », l’inspiration ne préexistant
            pas au travail mais s’y inscrivant au fur et à mesure du geste créateur, en une alternance subtile.

            Elle pratique les séries comme des variations sur un thème, encore une référence à la musique:
            démultiplication indéfinie, en un jeu de miroirs.


            Séries thématiques d’abord...

            Les femmes contrebasses (comment ne pas penser à la sublime photo de Man Ray ?) par exemple qu’elle
            décline à l’envi, avec leur féminité, pleine et ronde, assumée dans le galbe de leurs hanches, quoique
            non dépourvue parfois de fêlures, hantées de maternité Elles se distribuent en échos et redondances
            pour former une véritable danse de vie, danse avec les courbes, celles qui font le tour du cœur.


            Séries de couleurs ensuite...

            Celle des violets par exemple (peut-être sa couleur mentale ?), autant d’études, terme commun à
            la peinture et la à la musique, où elle creuse son sujet.

            WAS avance sur sa route qui marche, cherchant, autrement dit se cherchant, creusant son monde,
            à nul autre pareil, d’une démarche souple et de plus en plus assurée. Son travail est déjà plus
            qu’une promesse et j’y discerne les prémices d’une unité à venir, à la rencontre d’elle-même.


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